Interface machine-cerveau

 

Un singe en Californie fait marcher un robot au Japon. Des électrodes sont implantées dans le cerveau du primate. L’activité cérébrale est décodée, transférée à un ordinateur. L’ordinateur, relié à internet, transmet le message à un automate à l’autre bout du monde. Ce dernier renvoie des signaux au singe, qui ajuste son activité cérébrale en retour. Au début, le primate marche en même temps que le robot. Par la suite, il s’avère capable de rester immobile et de mouvoir l’automate sans bouger lui-même, juste par sa pensée.

Wow. En sommes-nous déjà la ? Oui, oui, cela fait 40 ans que les scientifiques travaillent sur l’interface machine-cerveau. Et des millénaires que l’homme fait évoluer ses outils. Continuité. Sens de l’histoire.

Quand même, j’avais loupé ça.

Les applications de l’interface machine-cerveau se révèlent fabuleuses pour les handicapés et malades Alzheimer. On manipulera très bientôt une prothèse par la pensée (le singe californien le fait déjà). Ecrire par la pensée. Restaurer des fonctions motrices endommagées.

Les applications de l’interface machine-cerveau sont  encore plus prometteuses pour le neuro-marketing. On saura, en me coiffant d’un bonnet électronique, si j’ai déjà vu tel ou tel produit et on influencera mes achats. Rien de neuf sur ce point, puisque ma trace sur internet est déjà enregistrée et analysée. Les cookies traquent mon comportement de consommation. Les publicités ciblées grignotent mon gmail.

Admettons.

Ce n’est que le début.

L’étape prochaine est annoncée : les ABCI (Augmented Brain Computer Interfaces). Des applications modifieront mon environnement (bruit, lumière..) en fonction de mon état nerveux. Des stimulations appropriées amélioreront  mes facultés d’apprentissage, de résistance au stress, d’adaptation etc… L’augmentation de nos aptitudes a débuté avec l’écriture, s’est poursuivie avec l’ordinateur qui a modifié notre mémoire, nos capacités professionnelles et sociales. Quelqu’un voudrait-il retourner vivre dans le monde d’avant l’écriture, d’avant internet ? Les médicaments psychotropes, les drogues, ou le conditionnement psychologique transforment déjà nos capacités mentales et comportements. Les ABCI  ne sont que la continuité.  Perfectionnement des outils humains.

Pourquoi pas.

Des stimulations appropriées par ABCI permettront aussi le contrôle des individus. L’homme ne cesse d’inventer. Et de transformer ses plus grandes découvertes en arme ou en profit. Au détriment de l’humanité. C’est ce qui me fait intuitivement douter de cette nouvelle avancée. La science-fiction a brillamment mis en histoire les conséquences du contrôle du cerveau humain par des machines ou d’autres humains.

Si les interfaces cerveau-machine pour les handicapés s’avèrent quasi au point, les ABCI ne seront pas opérationnelles demain. Il reste 30 ou 50 ans pour réfléchir. Un demi-siècle pour préparer cette révolution, la plus disruptive depuis le numérique. Murir. Encadrer. Faire confiance à la démocratie. Mettre au point une législation qui protègera ce qu’il y a de plus intime en nous, les pensées.

 

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