Les mails

Quand le mail ne marche pas, tout va de travers. Glissement cruel dans une autre dimension coupée du monde. Age de pierre. Terreur d’être laissé en arrière. Has been. Il faut vite remonter le cours des siècles. Plus rien d’autre ne compte.

Surtout ne pas appeler le support technique en Inde, ça sera pire. Alors je bidouille, j’attends et je gratouille. Je downloade. Je redémarre. Je m’énerve. J’énerve surtout les autres.

Et une minute ou un jour après, ça remarche.

Vivement 2100 ! Le mail sera à son tour la préhistoire. Les messages seront directement transmis par ondes cérébrales. Avec la puissance du cerveau humain, nul doute que nous pourrons envoyer à nos interlocuteurs 1000 pensées par jour plutôt que 100 mails. Et l’humain s’adaptera une fois de plus ?

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2 commentaires pour Les mails

  1. La vie secrète des êtres régissant nos machines

    Un jour, je me suis plu à imaginer qu’en fait, nos machines étaient manœuvrées par de minuscules êtres qu’un employeur faisait trimer, et auxquels on ne disait jamais merci. Avant de parler des e-mails, je vous passe en revue des tas de machines facilitant (ou non) notre quotidien :

    Imaginez les petits êtres qui se gèlent dans les frigos, en passe-montagne, chargés par leur chef de dégivrer le freezer, de faire tomber les pelletées de neige en bas, dans le bac. Eh bien, ils ont sûrement envie de se faire muter au four !

    Dans la machine à laver, des dizaines de minuscules cobayes, en combinaisons de plongeurs, agitent leurs petits pieds et font inlassablement tourner le tambour. Pendant ce temps, d’autres, munis de brosses, frottent énergiquement le linge. La mousse envahit tout, et le paysage est souvent monotone. Rien à voir avec les fonds marins, sauf quand les machines à laver à tambours déversent leurs lessives décapantes directement dans la mer.

    A l’intérieur du sèche-cheveux que promène la jeune fille sur sa tête, les dizaines de petits bonhommes absorbent une lampée de pétrole puis crachent du feu. Ils se démènent à toute allure car elle a branché la vitesse maximum, et il ne faut pas chômer, quitte à se brûler les poumons. Ils ont tous des casques sur les oreilles à cause du vacarme d’enfer. Et puis on entend de grands “Atchoum ! ” quand un cheveu vient de chatouiller un des travailleurs.

    Pendant ce temps, au four à pyrolyse, dans une chaleur infernale, des centaines d’esclaves miniaturisés raclent en cadence les parois de toute la graisse et des saletés accumulées. D’autres passent derrière avec de minuscules pelles et lavent à grande eau jusqu’à ce que ça brille, sous le regard scrutateur de leur chef.

    Dans la lampe de chevet, certains frottent des silex en cadence, pendant que d’autres pédalent à toute allure. Il y a de l’émulation dans l’air parce que le chef a promis double ration de whisky à la pause. On entend quand même un récalcitrant rouspéter :
    — Merde, c’est pas le tour de France, quand même ! Ils pourraient nous doper mieux que ça… Moi j’en ai marre. On est plus au temps des galères. Tant qu’il y aura des ohms il y aura de la résistance.
    — Ferme ta gueule ! lui intime son voisin. Tu risques de te retrouver muté au moteur de Ferrari. Alors là, j’te dis pas…
    — J’m’en fous, j’suis trop faible et pas assez musclé. Ils oseront jamais faire ça.
    — Peut être bien, mais y a des moteurs de mobylette.

    Je vous passe le compteur électrique où l’effervescence est à son maximum. On s’embrouille dans tout ce fatras de fils rouges, bleus et jaunes, on s’y prend les pieds, et parfois on prend des décharges.

    Dans la pendule sur le buffet, des dizaines de petits bonhommes, formés à l’escalade et peu sujets au vertige, se suspendent aux deux cordes, montent et descendent, faisant contrepoids. Pendant ce temps, d’autres actionnent des roues dentées et des pignons, tout cela dans un vacarme d’enfer. Une équipe est chargée de crier “Tic” et une autre “Tac”, en cadence. Si un malheureux se trouve à contre temps, il se fait taper par le contremaître et alors on entend un “Ouille”, si discret qu’heureusement, il passe inaperçu.

    Dans la chaîne Hi-fi, c’est l’agitation. Une équipe tire le disque laser et embraie le mécanisme, tandis que la chorale se tient prête à chanter et l’orchestre à jouer, selon les morceaux qu’on va leur désigner. Ils doivent connaître tous les titres par coeur, toutes les partitions, sans faire de fausse note. Et puis, quand les copains font signe que le potentiomètre est en train d’être poussé, ils doivent gueuler plus fort, jouer plus fort, et si ça ne suffit pas, le chef les fouette.
    — C’est pas une vie, ça ! rouspéte un baryton. Il est temps qu’ils sachent, les humains, tout ce que leurs gouvernements et leurs scientifiques leur cachent, l’exploitation des masses inférieures, du prolétariat. On leur cache tout, on leur dit rien. Il faut se syndiquer.
    — Te plains pas ! rétorque un des plus anciens chanteurs. Du temps des disques en vinyle on était obligé de tourner sur le sillon en spirale avec un pieu. On avait un de ces tournis… Et puis quand le disque était rayé, on devait chanter faux et tout répéter. Tu imagines, du sale boulot ! La Traviata massacrée…

    Au téléphone fixe, il ne faut pas chômer non plus, avoir les deux pieds dans le même sabot. Dès que les numéros sont composés, des équipes courent sur les fils téléphoniques à toute allure avec le message à porter, se relaient et crient toutes ensemble les messages et les conversations, imitant le timbre et la voix des interlocuteurs, tandis que de l’autre côté du fil, dans un autre téléphone, d’autres font pareil.
    Dans le portable, c’est pire encore, car il faut voler sur de drôles de minuscules machines casse-cou et gueuler dans des porte voix à se faire péter les cordes vocales. Sans compter que les ondes émises, quand elles les traversent, leur flanquent le vertige.

    Au distributeur de billets, tandis que ses camarades tapent avec de gros maillets sur les touches rectangulaires, le tout petit bonhomme glisse les billets, ensemble, à l’aide d’un engin élévateur. Un instant, la sueur dégouline le long de sa toute petite échine, à l’idée qu’il a pu se tromper dans ses calculs et en donner trop. Auquel cas, il risque fort de se retrouver muté au distributeur de tickets de parking souterrain.

    Au distributeur de tickets d’autoroute, un autre tout petit bonhomme qui rêvait oublie de pousser le ticket.
    « Enfin, quoi, qu’est-ce qui se passe ? Ça marche pas, votre truc ! » gueule horriblement un humain. Le petit être préfère ne pas voir à quoi il ressemble. Et il tape si fort sur la machine que ça lui ébranle les oreilles, au tout petit bonhomme, et qu’il devient à moitié sourd. Mais il ne se plaint pas, car son frère est embauché à la R.A.T.P. et poinçonne toute la journée avec les dents des tickets jaunes ou verts. Puis il doit les recracher vite fait. Ça demande beaucoup de précision et surtout d’attention.
    « C’est pas une vie, ça, soupire-t-il. On a un drôle de karma. Moi, dans ma prochaine vie, je me ferai mettre à l’informatique, comme mon cousin. Ça, ça a de la gueule ! Tous ces peuples informatiques, les Ascii et les Octets, qui défilent avec leurs insignes à la romaine, leurs légions. C’est pas comme ici, à jamais rien voir que du noir et à en broyer ».

    Venons donc à l’informatique et à nos mails : Les deux cent cinquante six Ascii ont plus ou moins bons caractères. Ils s’entendent plus ou moins bien avec les Octets qui enregistrent les informations. Le cousin en question envoie un E. Mail à ses cousins de l’autoroute et de la banque :
    « Parmi nous il y a des amnésiques, forcément, ou des types peu consciencieux. Alors ça fout la panique. Et puis des fois, il y a un virus qui se balade et qui fiche en l’air tout votre bel ouvrage. Parfois, il faut se planquer vite fait dans un sous-répertoire éloigné. Les virus armés, sans foi ni loi, attaquent, volent les Octets dans un sous-sous-repertoire et les déplacent. Après, on n’y comprend plus rien et on se fait engueuler. Les plus lents se font malmener par la vitesse d’horloge en méga hertz. Les plus valeureux sont au devant. Ce sont les Pixels sur l’écran, les points de définition, ils se rengorgent de contribuer à la précision. Mais rien ne vaut le bon vieux temps, et je vous envie d’être dans vos machines préhistoriques où on se débrouille encore à la main… »
    Ces belles paroles réconfortent au plus haut point son cousin employé à l’autoroute qui finit par se dire : « Nous, on travaille encore à l’ancienne, mais c’est du boulot bien fait, et on peut en être fiers. Et puis, si ça se trouve, les humains sont peut-être aussi les employés d’êtres plus grands qu’eux, mais eux, au contraire de nous, ils ne le savent pas, les gros bêtas ! »
    Cette idée finit de le réconforter totalement.

    • Rêve ou réalité. Les petits êtres s’en mèlent. S’en mail. Dans le doute, pour respecter leur travail, je lirai désormais tous mes mails jusqu’au dernier. La boîte de réception. Ouverte à l’infini. C’est le problème. Petits êtres, prenez des vacances !

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