Ecrire ?

Ecrire. C’est d’abord être frappé par une idée vitale, absolue, impérieuse. Le centre. Le chakra de l’écrivain.

Ecrire c’est penser qu’on fera un livre avec cette idée. Se laisser emporter. Se rendre compte qu’on en a fait le tour au bout de trente pages.

Délayer, enrichir, corriger le style, enlever de la ponctuation et des verbes conjugués, ajouter des métaphores, des adjectifs savants, jouer de l’aide aux synonymes sous word… Arriver à deux-cents pages. Jusqu’à ce que l’idée soit étouffée, plâtrée. Morte.

Ecrire, c’est décider de tout recommencer.

Ecrire, c’est se trouver seul à son bureau à neuf heures du matin. Tourner en rond toute la journée. Glisser sur Facebook, grignoter du chocolat, étendre une lessive. Attendre la nouvelle idée. Désespérer un peu. L’idée foudroie généralement dix minutes avant l’heure où il faut tout arrêter pour aller chercher les enfants à l’école.

Ecrire, c’est en fait être accompagné d’une foultitude de personnages qui ne veulent pas nous lâcher. Morsure. Douleur.

Ecrire c’est se demander ce qu’on fait là, et pourquoi on perd son temps à une activité aussi improductive alors que le monde a besoin de nous. Vague honte.

Ecrire, c’est mettre un point final à un roman.

Espérer que quelqu’un le lira.

 

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3 commentaires pour Ecrire ?

  1. Petite info pour ceux que le thème de l’écriture intéresse : Jean-Philippe Toussaint vient de publier un ouvrage intéressant « L’urgence et la patience ».
    Quelques citations :
    « Une idée, aussi brillante fût-elle, ne serait pas vraiment digne d’être retenue si, pour simplement s’en souvenir, il fallait la noter »
    « Les meilleurs livres sont ceux dont on se souvient du fauteuil dans lequel on les a lus ».
    « L’urgence et la patience, le rêve et l’effort, l’évidence et la préméditation, l’étincelle et la persévérance : écrire. (…) L’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse ; et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l’effort. Mais elles sont pourtant indispensables l’une et l’autre à l’écriture d’un livre, dans des proportions variables, à des dosages distincts, chaque écrivain composant sa propre alchimie, un des deux caractères pouvant être dominant et l’autre récessif, comme les allèles qui déterminent la couleur des yeux ».
    Bonne lecture. Loujan.

  2. Saloper une page vierge, que les défenseurs de la planète vont encore pousser une gueulante, tandis que l’industrie du papier se frotte les mains et pollue les jolies rivières où s’ébattent de magnifiques poissons devenus fluorescents, qu’on dirait des enseignes à deux balles des centres commerciaux – Il est pas frais mon poisson ? -cela est écrire.
    User jusqu’à la corde un crayon qu’a mauvaise mine ; effacer à fond de gomme des mots incertains pour ensemencer d’immondes quenelles le linoléum du bureau ; virer du plat de la main le greffier impudent qui vient, d’un seul coup de patte, d’effacer le seul trait de génie de cette histoire à dormir debout, en se rendant compte qu’on a, depuis longtemps, délégué notre mémoire à cette merveilleuse machine automatique de traitement numérique de l’information, qui obéit à des programmes définissant la séquence des opérations logiques et arithmétiques à effectuer… cela est écrire.
    Arracher le fil du téléphone ; jeter rageusement à la corbeille les factures qui s’entassent ; traîner la savate en pyjama jusqu’à point d’heure parce qu’on a arrêté les pendules ; avaler la vingtième tasse de café – soluble – en le touillant avec un stylo baveur – si encore l’encre était blanche… cela aussi est écrire.
    Bouffer des spaghetti crus ; envoyer se faire foutre enfants, conjoint et autres représentants du genre humain… c’est aussi écrire.
    Faire mourir le héros un 1e juin (page 200), alors qu’il s’était fait assassiner un 1e mai (page 140, donc 60 pages avant et un mois auparavant), cela est écrire.
    Etre irrascible, se couper des uns et des autres, ne plus se laver, ne plus se coucher, ne plus respirer, ne plus écrire la moindre ligne… cela, plus que tout, est écrire.
    C’est pour toutes ces raisons que je n’écris pas.

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