Voyager

Pendant vingt ans, j’ai vécu à Grenoble, au pied d’une falaise fière et austère qui bouchait le ciel. Je ne la chérissais pas. Elle me le rendait bien. Le tonnerre des éboulements fréquents me terrifiait. La neige bloquait les routes en hiver. Aaah ! Pur ennui ! Pourquoi passer le reste de ma vie ici ?

Et puis, un 25 avril à seize heures trente-sept, à l’opposé du globe, dans les Blue Mountains australiennes, après des mois de voyage et trop de kilomètres en voiture déglinguée, je suis tombée sur exactement le même cube gris obstruant l’horizon. La falaise autochtone, flanquée d’eucalyptus au lieu d’épicéas, répliquait celle de mon enfance… en moins bien.

A mon retour à Grenoble cette année là, les montagnes de Chartreuse avaient changé. Rapetissées. Multipliées. Elles étaient sexy dans leur toilette argentée, un chapelet de drôles de petits pics couronnant la cité. En pleine santé, parées pour des millénaires. Elles possédaient chacune un nom.

J’ai réalisé que nous habitions dans le plus bel appartement de la plus belle ville du plus beau pays du monde.

 A quoi servent les voyages ? A changer de perception.

 Comprendre le prix de la liberté. Apprécier les quatre saisons. Se souvenir de ceux qui triment vraiment. Savoir humer l’air pur malgré le rhume des foins. Aimer jouer aux toupies avec un enfant. Apprendre deux ou trois choses. Profiter du bonheur de pouvoir taper ces quelques mots sur un ordinateur : les voyages nous rendent moins cons.

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