Rencontre exceptionnelle

Lorsque nous gravissons les marches d’un temple à Calcutta, nous sommes souvent encouragés par un groupe de mendiants lépreux.

A la descente, nous leur donnons quelques roupies. L’équivalent de cinq euros peut sustenter une vingtaine de personnes. Les lépreux se lèvent en riant, tentent de nous serrer dans leurs moignons purulents, pour nous remercier et surtout pour se moquer de notre embarras. Nous esquivons lâchement l’accolade en descendant les marches quatre à quatre, laissant derrière nous la holà railleuse.

Nous nous rappelons notre premier séjour à Calcutta, il y a quinze ans…

Nous filons vers le dispensaire. Une maison en ciment jauni à deux étages. Murs pourris à force d’humidité. Pourtant, c’est l’une des plus avenantes du quartier. Une sœur nous reçoit. Nous faisons un don très modeste, en faveur des déshérités qui submergent cette ville. La sœur nous tend un reçu, pour la déduction des impôts.

–         « Attendez, elle finit sa prière. Elle va vous recevoir »

 Nous sommes pétrifiés. Nous ne sommes pas dignes de lui faire perdre ainsi son temps. La couleur de notre âme va être mise à nu. Nous nous doutons bien qu’il y a plus de noir que de blanc dans nos cervelles contaminées.

Nous montons les marches en tremblant.

Deux fentes brillantes illuminent le visage plissé d’une très vieille femme.

–         « Que faites-vous ici ? Vous devriez plutôt assister les malheureux de votre pays. En France aussi, vous avez votre quart monde. Il faut savoir voir la misère autour de soi.

–          mffggnnffgrrenui… gghoui

–         Que Dieu vous bénisse. Allez dans la paix du Christ. »

Avec une générosité infinie, Mère Térésa pose ses mains sur notre tête, à tour de rôle. Elle nous donne deux petites médailles à l’effigie de la vierge Marie. Biens précieux.

De retour dans la rue, une quinquagénaire édentée en sari nous attend. Elle a compris notre cheminement émotionnel. Nous sommes totalement sonnés. Lavés par le feu de cette bonté illimitée. Nous n’étions pas préparés à une telle rencontre, et il nous faudra une semaine pour nous en remettre.

La femme au sari nous prie d’acheter une boite de lait en poudre pour son nourrisson. Un petit commerçant en vend justement dans la rue d’à côté. Nous n’y trouvons rien à redire et lui offrons de bon gré. Nous n’avons pas tourné les talons, que la femme rend la boîte au vendeur, qui lui redonne notre liasse de billets amputée d’une petite commission. Il y avait plus simple : aujourd’hui est un jour de grâce, elle nous aurait demandé le quintuple de la somme, nous le lui aurions cédé.

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